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Histoire du Japon : le Moyen Âge

bataille du moyen age japonais

Nous avons déjà exploré ensemble la préhistoire et l’antiquité du Japon. Il est temps de s’intéresser au Moyen Âge japonais, une période riche en guerres et en intrigues politiques.

Dans l’épisode précédent : la cour impériale est installée à Heian (actuelle Kyoto) et se complait dans le luxe pendant que le peuple est livré à lui-même. Les seigneurs locaux en profitent pour tenter de gagner en puissance en s’affrontant. Après la guerre de Genpei en 1185, Minamoto no Yoritomo triomphe et reçoit le titre de Shogun de la part de l’empereur. Ce rang lui donne le pouvoir militaire et il règne alors sur le Japon depuis la ville de Kamakura. Ce type de gouvernance est appelé shogunat ou bakufu.

Représentation du shogun Minamoto no Yoritomo

Époque de Kamakura (1185 à 1333)

Si les différents shoguns dirigent officiellement au nom de l’empereur, dans les faits, ils s’approprient rapidement la toute-puissance. Le premier shogun est donc Minamoto no Yoritomo qui décède en 1199. Sa femme, Hojo Masako, nomme officiellement son fils aîné shogun, mais elle garde officieusement le pouvoir. Durant ce règne, plusieurs complots visant à renverser le gouvernement shogunal surviennent, mais elle n’hésite pas à tuer dans l’œuf toute rébellion, allant jusqu’à faire assassiner son propre fils qui fréquentait un clan « ennemi ».

Ces actions contre des clans rivaux permettent aux Hojo d’agrandir leur domaine en s’appropriant les terres des vaincus. C’est là le début d’un système féodal tel que nous l’avons connu en Europe avec une royauté et des seigneurs locaux qui gèrent leurs vassaux.

En 1219, le shogun est assassiné. C’était un homme plutôt proche du pouvoir impérial et la cour de Heian décide de riposter contre le régime militaire afin de reprendre pleinement le pouvoir. La révolte de Jokyu a lieu et 1221, mais c’est le shogunat qui l’emporte et scelle ainsi définitivement la toute puissance de la force militaire. Ce régime met en place différentes institutions pour solidifier sa gouvernance à travers tout le pays. Cette centralisation du pouvoir n’est pas du goût de toutes les familles et les luttes entre les clans et le régime sont bien loin de s’arrêter.

En 1318, un nouvel empereur arrive au pouvoir : Do-Daigo. Cette nouvelle figure parvient à unifier une partie des opposants au shogun et finalement en 1333 après bien des complots et des guerres, Go-Daigo met fin au régime militaire de Kamakura.

Tombe du premier shogun Minamoto no Yoritomo à Kamakura

La restauration de Kenmu

Après sa prise de pouvoir, l’empereur entend réunifier le militaire et l’administratif. Les clans guerriers étant toujours très puissants, Go-Daigo tente de les monter les uns contre les autres, mais en 1335, ils se révoltent. Le début de la restauration impériale avait été plutôt chaotique et les clans rallient facilement à leur armée tous les laissés-pour-comte. Ils battent l’armée impériale et contraignent ainsi l’empereur à fuir. Le clan qui se distingue lors de ces affrontements est celui de Ashikaga Takauji. En 1336 et après plusieurs batailles, il prend le pouvoir à Kyoto et obtient le titre de shogun. 

Ashikaga Takauji cherche ensuite à réinstaurer le pouvoir militaire tel qu’il se présentait pendant le régime de Kamakura. Comme tout nouveau régime, il doit faire face à de nombreuses oppositions. L’empereur Go-Daigo qui avait fui Kyoto abdique finalement et c’est Komyo qui devient empereur, soutenu par le shogun. Mais Go-Daigo avait emporté avec lui les insignes impériaux mythiques et décide de fonder une autre cour impériale, plus au sud. Les deux empereurs se font concurrence jusqu’en 1392 où le shogunat prend le dessus et impose la réunification des deux cours impériales.

Représentation de Go-Daigo

Époque de Muromachi (1336 à 1573)

Le pouvoir étatique du shogun est d’abord limité au centre du Japon, mais il s’étend rapidement et réunit l’aristocratie guerrière et la noblesse de la cour. En effet, Ashikaga Yoshimitsu épouse une fille du clan Hino qui est alors le plus puissant de Kyoto. Pour assurer sa gouvernance sur le pays, le shogun effectue également de nombreux voyages à travers les terres du Japon et rencontre les chefs provinciaux.

En 1441 lors de la rébellion paysanne de Kakitsu, l’actuel shogun est tué. C’est l’occasion pour les seigneurs locaux de gagner en indépendance et en puissance. La population n’accorde plus sa confiance au gouvernement et se réorganise à des échelles locales. C’est l’apparition des ikki, des ligues regroupant des gens de mêmes intérêts. Elles peuvent être guerrières ou citoyennes et accentuent encore plus le morcellement du Japon. Elles entrent parfois en concurrence avec les seigneurs locaux (appelés daimyo) qui s’érigent en véritables États indépendants et renoncent à toute soumission au shogunat. C’est durant cette période de Muromachi que de nombreux châteaux sont construits en signe d’indépendance et qu’un commerce indépendant et ouvert voit le jour au Japon.

Château d’Aizuwakamatsu construit en 1384

L’époque Sengoku (1477 à 1577)

Cette montée en puissance des daimyo a donné lieu à un siècle de combats incessants. C’est la guerre d’Onin qui met définitivement à terre le pouvoir shogunal en 1477. Des classes guerrières moins nobles ont l’occasion de s’élever et de devenir indépendantes du gouvernement central. À tous les niveaux de la société, la population cherche à renverser le pouvoir. Les complots, guerres et révoltes se multiplient sans qu’une autorité, même locale, ne parviennent à imposer un semblant de stabilité. Les guildes de tous horizons, y compris religieux, cherchent à se faire une place de choix dans ce monde tourbillonnant. Chacun aimerait tirer son épingle du jeu sans qu’aucun changement significatif ne perdure. Il faudra attendre 1560 pour que Oda Nobunaga commence le processus de réunification du Japon.

Pour en apprendre plus sur la période Sengoku, je vous conseille l’excellent podcast « les pires moments de l’histoire » par Charles Beauchesne. C’est drôle et intéressant ! 

Les trois unificateurs du Japon

En 1573, Oda Nobunaga, fin stratège militaire, parvient à expulser le shogun Ashikaga de Kyoto. Il met en place de nouvelles mesures et des campagnes agressives pour reprendre le contrôle. Il est trahi en 1582 par l’un de ses généraux et se donne volontairement la mort pour ne pas être pris vivant. Toyotomi Hideyoshi, un autre général d’Oda Nobunaga reprend alors son œuvre. Il interdit notamment la possession de sabre par les paysans afin de séparer clairement les classes guerrières et la population rurale. En 1585, il a unifié la majeure partie du pays jusqu’au sud du Japon où une importante communauté chrétienne s’était installée depuis 1542. Il fait expulser les missionnaires et se montre très agressif envers cette nouvelle religion.

À sa mort en 1598, le pays est unifié, mais il lui faut un successeur qui maintiendra l’ordre. C’est Tokugawa Ieyasu, l’un de ces généraux, qui s’en chargera au détriment de Hideyori, fils héritier du défunt shogun. L’avenir du pays se joue lors de la bataille de Sekigahara en 1600. Tokugawa Ieyasu la remporte et il est officiellement nommé shogun en 1603 par l’empereur.

Les opposants au clan Tokugawa étant défaits, le pays entre alors dans l’ère Edo, connue pour être une ère de paix et de stabilité politique. C’est avec cet événement et la fin du régime féodal que le pays entre dans la période moderne de son histoire.

Représentation de la bataille de Sekigahara

Au programme du prochain épisode : croissance du commerce avec l’étranger puis fermeture totale du pays au reste du monde, persécutions des Chrétiens et peine de mort pour les Européens qui mettent le pied au Japon !

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